C’est un sujet mille fois trop important pour que je ne commence pas par celui-ci : le gaspillage alimentaire. Quel vilain mot ! Un mot qui fait dévier les regards et frustre les sceptiques. Pourtant il faut bien que l’on en parle, car chacun de nous à un rôle important à jouer. Chaque geste, même le plus petit d’entre eux, est salvateur pour l’environnement. Mais je vais vous laisser en juger par vous-même…

Prenons d’abord un peu de hauteur avec quelques données chiffrées :

    • En 2015, le gaspillage alimentaire en France a été estimé à plus de 10 millions de tonnes.
    • Cela représente par personne plus de 26kg de gâchis alimentaire par an. 26Kg, c’est un demi-caddie de courses. Pour un foyer de 4 personnes, c’est donc l’équivalent de deux caddies qui part directement à la poubelle chaque année.
    • Le coût du gaspillage alimentaire est estimé à 20 milliards d’euros par an en France, soit environ 160 € par personne.

Infographie: Qui jette le plus de nourriture en France? | Statista Vous trouverez plus de statistiques sur Statista

Il s’agit bien comme vous l’aurez compris, d’un problème de grande ampleur. Et pour cause, le gaspillage alimentaire s’opère tout au long du processus qui mène les aliments de la terre jusqu’à notre assiette. Finalement, seule une infime partie de la nourriture produite finie par être consommée. A quoi est dû ce phénomène ? Qui en est responsable ?

Les responsables du gaspillage alimentaire en France

La chaîne de la production jusqu’à la consommation des produits est défaillante. Cependant on peut conclure que la majorité du gaspillage est causé par ces 2 acteurs principaux :

1) Les distributeurs :

En 2000, des normes européennes de commercialisation des fruits et légumes ont été mises en place. Ces normes ont pour but l’uniformisation de la qualité et de l’apparence des produits cultivés. Les fruits et légumes sont aujourd’hui calibrés, normalisés. Ces normes ont été supprimées par l’UE en 2009 après s’être rendus compte que l’apparence ne changeait en rien la qualité de l’aliment et que cela provoquait un gaspillage considérable. Pourtant, les distributeurs continuent d’exiger des produits parfaits. Les clients y étant habitués, ils se vendent mieux. La conséquence en est que tous les fruits et légumes, même parfaitement comestibles qui ne correspondraient pas à ces critères (quasi exclusivement esthétiques) sont refusés. Cette perte revient à la charge du producteur qui aura bien des difficultés à écouler les stocks d’invendus. Il finit souvent par jeter ces produits.

Les étapes de transport et de transformation sont également source de gaspillage car les produits sont susceptibles de subir de nombreux chocs ou problèmes de conservation. Or, aucun défaut n’est toléré. Les aliments qui n’arrivent pas intacts sont refusés par les distributeurs, ils sont en effet considérés comme invendables. Les produits sont donc jetés alors que les défauts esthétiques n’empêchent en rien leur consommation.

Enfin, la majorité des produits frais (fruits, légumes, viande, pain …) qui ne sont pas vendus en fin de journée partent également à la poubelle.

Note : Bien qu’ils ne soient pas directement responsables du gaspillage alimentaire, il faut bien reconnaître que les normes de commercialisation servent en premier lieu aux firmes du génie génétique comme Monsanto par exemple. En effet, ces normes ont ouvert une porte à l’expansion des semences transgéniques ayant pour but de produire des fruits et légumes identiques, des clones. Pour les producteurs qui risquent de voir une bonne partie de leurs récoltes partir à la poubelle, le choix de ces semences semble une évidence, au détriment malheureusement de la santé des consommateurs et de l’environnement.

2) Les consommateurs (nous) :

Bien qu’on ne mesure pas du tout les conséquences de nos gestes lorsque l’on jette les restes d’un repas, le fond d’une tasse de thé, ou une banane trop mûre, nous devons comprendre que nous sommes (les consommateurs) les grands responsables du gaspillage alimentaire. Premièrement parce que plus de la moitié du gaspillage se fait lors de la consommation. On estime ainsi que les foyers seraient responsables du gaspillage de 6,7 millions de tonnes d’aliments. Cela concerne tous les aliments que l’on a laissé périmer dans le frigo, les légumes que l’on a laissé pourrir, les fruits que l’on a laissé trop mûrir ainsi que tous les restes de repas qui ne nous donnaient plus envie. Voilà pour ce qui se passe dans nos maisons.

Mais il faut aussi penser à toutes ces fois où on a eu les yeux plus gros que le ventre au restaurant en commandant un menu trop copieux. On sait tous comment cela termine : on ne mange que la moitié de l’entrée et du plat pour laisser de la place au dessert. Et les restes sont jetés.

Notre responsabilité réside aussi dans les achats que nous faisons. Bien que l’on n’en ait pas conscience, c’est la demande qui crée l’offre, donc si nous ne nous dirigeons pas vers des produits autres que les produits normalisés, les distributeurs continueront de nous proposer ces produits et les producteurs seront toujours coincés avec les normes.La situation de ce côté aura donc du mal à s’améliorer.

Finalement on pourrait presque dire que les consommateurs sont 100% responsables du gaspillage alimentaire, que ce soit directement ou indirectement, conscient ou inconscient. Cela ne veut pas dire que nous devons nous taper sur les doigts avec une règle en bois ou nous flageller en pensant au mal que nous faisons à notre planète. Non, bien sûr que non. Il est simplement temps de prendre conscience que nous pouvons agir et avoir un impact réel. Oui, nous, petits que nous sommes, nous pouvons vraiment changer les choses, il suffit que chacun fasse sa part.

Quelles sont les conséquences écologiques ?

Lorsqu’on évoque le gaspillage alimentaire on comprend facilement les conséquences économiques qu’il peut avoir : jeter de la nourriture c’est jeter de l’argent par les fenêtres. Pourtant, beaucoup trop de personnes s’arrêtent à ça et après en être venu à la conclusion qu’il faisaient ce qu’ils voulaient de leur argent, ils ont souvent choisi de ne pas agir et de se concentrer sur d’autres préoccupations. Quoi de plus normal ?

Malheureusement, cela n’a pas que des conséquences économiques, l’impact sur l’environnement est considérable.

En effet, les aliments que nous n’avons pas consommé et que nous jetons ne disparaissent par comme par magie. Non, ils viennent en fait grossir les décharges publiques déjà pleines de tous les autres déchets que nous produisons à longueur d’année. Dans ce milieu, la dégradation des déchets alimentaires est une source de pollution majeure. La fermentation de la matière organique engendre la formation de méthane et de CO2. Ces deux gaz sont bien connus pour leur effet désastreux sur la couche d’ozone.

Pour rappel, la détérioration de la couche d’ozone est à l’origine du réchauffement climatique qui provoque la fonte des glaciers, menace la survie d’espèces en voie d’extinction et mènera également à terme à un énorme flux migratoire des populations menacées par la hausse du niveau de la mer et des sécheresses. L’arrivée de ces réfugiés climatiques pourra donner lieu aux chocs des cultures et engendrer des conflits. Voilà pour résumer très très brièvement.

Tout ça pour une pomme un peu trop fripée et des pâtes un peu sèches. D’un coup on se rend compte que le gaspillage coûte bien plus cher qu’on le croit.

Mais l’impact écologique de nos déchets alimentaire ne s’arrête pas à la pollution créée par leur dégradation. Il faut aussi qu’on parle du gaspillage d’énergie lié à leur production. En effet, pour produire ces aliments, la terre a besoin de ressources telles que l’eau. Or, on sait tous que l’accès à l’eau est un problème dont il devient urgent de se préoccuper. Soit parce qu’elle vient à manquer à cause des sécheresses engendrées par le réchauffement climatique, soit parce qu’il devient de plus en plus difficile de trouver une eau pure qui ne soit pas polluée par des pesticides, hormones, et autres composés rendant l’eau quasi-impropre à la consommation. Quand on jette une baguette de pain par exemple, on gaspille ainsi cette baguette mais aussi symboliquement la quantité d’eau qui a été nécessaire à la produire. Soit pour une baguette, l’équivalent d’une baignoire d’eau … ça fait mal.

L’eau n’est pas la seule ressource gaspillée. La production des aliments nécessite généralement l’utilisation de machines agricoles qui consomment donc du pétrole. A cela s’ajoute les nombreux transports nécessaires à l’acheminement des marchandises jusqu’à notre assiette. Cela représente donc de grandes quantités de pétrole pour pouvoir produire et acheminer les aliments jusqu’à notre assiette. Et nous en faisons fi lorsque nous jetons ces aliments. C’est un énorme gaspillage, qui a en plus de lourdes conséquences sur notre environnement (gaz à effet de serre notamment) !

Bref, le gaspillage alimentaire a des effets désastreux pour notre environnement comme vous l’aurez compris.

Bien sûr, la plupart d’entre nous n’a même pas conscience de tous ces enjeux et c’est pour cela que j’avais à cœur de vous en parler dans cet article. Finalement on connaît très peu de choses des vraies problématiques environnementales. Et surtout on ne sait pas ce que l’on pourrait faire concrètement pour améliorer les choses. On pense toujours que c’est au gouvernement d’agir, aux entreprises, aux collectivités. Pourtant nous sommes près de 70 millions en France, et si chacun agissait à son échelle, ça remuerait sérieusement !

Si ces informations vous ont interpellé vous aussi et que vous aimeriez trouver des moyens de lutter contre le gaspillage alimentaire, alors je vous donne rendez-vous dans mon tout prochain article : Comment diminuer le gaspillage alimentaire ?. Promis, vous n’y trouverez que des solutions gagnant-gagnant, faciles à mettre en place, économiques et écologiques ! A très vite !

Sources :

Ministère de l’Agriculture

Ademe

Statista

studio-emergence.com

FAO

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